L’effet «mère nature» sur les spiritueux!

2017 n’est pas encore terminée, c’est vrai! Cependant, je crois que nous pouvons tous dire que ce fut une année record en matière de dégâts  climatiques. Le printemps a offert à certaines régions européennes des gels incroyables. L’été a amené avec lui une solide dose d’orages, de pluie et… D’ouragans! L’automne est à peine débuté que nous parlons déjà d’El Nina, un système climatique qui amènera aussi son lot de catastrophes naturelles. Est-ce que tout cela aura un impact sur l’univers des spiritueux? Peut-être bien que non... Peut-être bien que oui! Quel sera l'intensité de cet impact? C'est ce que nous tentons tous de savoir. Regardons ensemble certaines industries touchées afin de comprendre l'ampleur des dégâts.

Les cannes de la Martinique

Les cannes de la Martinique

Débutons avec la catastrophe la plus récente, l’ouragan Maria qui a grandement touché les caraïbes. Elle a ravagé la terre de production de plusieurs entreprises de rhums. Bien sûr, plusieurs de ces entreprises n’auront pas de grands problèmes dans les prochains mois ou prochaines semaines puisque qu’elles pourront simplement s’approvisionner en mélasse dans une autre entreprise, voire même dans un autre pays. C’est le cas des maisons situées à Porto Rico, République Dominicaine, Cuba et plus encore. Malheureusement, ce n’est pas le cas de certaines maisons de rhums, comme celles situées en Martinique. Même si Maria ne fut pas la pire des ouragans pour l’industrie du rhum de ce pays, reste tout de même qu’elle a réussi à coucher/affecter plus de 40% de la canne à sucre dans le nord de l’île. Avec cette information, on doit prendre en considération que les périodes de plantation et de croissance de la canne à sucre s’étalent de Juillet à Novembre. Donc, quand une grande catastrophe comme Maria arrive, cela a un impact considérable sur la croissance de la canne. Certaines des cannes touchées n’avaient que six (6) mois de croissance. Elles avaient encore du chemin à faire avant d’avoir une certaine maturité. Avant d’être assez forte. N’étant pas assez forte pour se relever, elles sont devenues de la nourriture facile pour les rongeurs et autres animaux. De plus, les bourgeons de la tige ont donné ce qu’on appel dans le jargon des «demoiselles». En créant ces «demoiselles», la canne perd davantage d’énergie et a nul le choix que de délaisser certaines richesses. Elles se gorgent de fibres ligneuses plutôt que de sucre. Bien sûr, tous ces points réduisent le rendement lors de la récolte de la canne et par le fait même, dans la production de l’alcool. Heureusement, certaines portions/plantations de la Martinique ont eu plus de chance en étant à peine touchées. Cependant, n’oublions pas que la Martinique est sous une appellation (AOC) en ce qui concerne son eau-de-vie, son rhum. De ce fait, une distillerie voulant garder son appellation, ne peut faire appel à un producteur de canne n’étant pas sur une des terres agréées par l’AOC. Elle doit vivre dans l’attente d’une canne mature sur l'une des terres autorisées par l'appellation. Marc Sassier, président de l’AOC, me confirmait que nous pourrions voir une hausse de prix chez les producteurs touchés. Ils doivent se relever et ce sera à nous, les consommateurs, de comprendre la réalité et de continuer d’encourager cette magnifique industrie qu’est le rhum agricole martiniquais. Mais qu’en est-il des rhums de mélasse? Est-ce que les entreprises derrières cette industrie feront aussi faire grimper les prix? Peut-être! Même si la fabrique obtient un bon rendement avec sa matière première, reste que le paysage autour a été grandement touché. Reste que la distillerie devra débourser des sommes assez incroyable pour réparer certains dommages.

Quand le gel se pointe dans le débourrement...

Quand le gel se pointe dans le débourrement...

Outre le rhum, l’industrie des spiritueux français a aussi été grandement affectée par certains problèmes climatiques. Les mois d’Avril et Mai ont amené avec eux quelques gels qui ont fait des dégâts considérables dans les vignobles français. Alors que le débourrement de la vigne se fait en Avril, on peut y voir quelques ébauches de la grappe. Pour bien évoluer, cette partie s’accumule d’eau. Vous comprendrez donc que lors d’un gel (-2 à -4°C), le cycle arrête brutalement et par le fait même, la vigne cesse de gagner en maturité, cesse d’évoluer. Cela a affecté entre 10 et 20% de la récolte à l’intérieur du vignoble de l’armagnac. Pour le cognac, ce fut bien pire! On parle de plus de 30% de la récolte qui a été affecté. Heureusement, les dommages au niveau de la production des eaux de vie furent moins importants que nous l’avions estimé au printemps. D’ailleurs, Thomas Quintard, un bon ami et propriétaire du Domaine Du Frolet (Cognac Quintard Frères), me mentionnait que malgré une certaine perte sur ces récoltes, la qualité du vin actuel devrait offrir une eau de vie remarquable. Moins de liquide, mais un sacré beau liquide. Thomas me mentionnait aussi que si lui a eu cette chance, ce ne fut pas le cas de certains de ces collègues. Certains d’entre eux n’ont absolument rien récolté pour 2017. Une catastrophe économique monstrueuse pour eux, me disait-il. Avec de telles circonstance, vous en conviendrez qu’une légère hausse des prix pourra aussi se faire voir sur des produits de plus petites maisons, mais reste que les grandes (Hennessy, Martell, Courvoisier, Gautier et plus encore) sont prêtes pour de telles problématiques. Après tout, elles ont un stock phénoménal et… Elles ont toutes vécu le gel de 1991! J'ai d'ailleurs bien hâte d'entendre le résultat des distillations, qui seront faites sous peu!

L'ami Thomas Quintard

L'ami Thomas Quintard

Le Calvados? Il s’en est bien tiré. En fait, comme M. Guillaume Drouin me l'expliquait, la problématique est plutôt au niveau des grandes chaleurs que la région de Normandie a connu. À cause de ces grandes chaleurs, les vergers de la Normandie ont vu leurs récoltes se faire plus de trois (3) à quatre (4) semaines à l’avance, mais tout comme en Charente, le fruit est excellent cette année et par le fait même, amène un cidre d’une très belle qualité pour le Calvados.

Un verger normand

Un verger normand

Le monde du whisky a aussi eu ses peurs. Il y a quelques jours à peine, un ouragan du nom d’Ophelia frappait les côtes de l’Irlande ainsi que de l’Écosse. Plusieurs dégâts, mais reste que l’industrie du whiskey et du scotch n’a pas été endommagé outre quelques pertes de productivité, faute d’électricité. Fiou!

Mère nature nous a définitivement montré sa puissance cette année et encore une fois, 2017 n'est pas terminée! Voyons voir ce que l'avenir nous réserve. Thomas m'a partagé son positivisme en me rappelant ce que les anciens de l'industrie mentionnent. «Suite à une année de récolte médiocre, la prochaine devrait être remarquable! Si mère nature le veut bien...»

Encore une fois, ce sera à nous, les consommateurs, de comprendre certaines hausses et de continuer à encourager les producteurs de ces magnifiques spiritueux.

 

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