On visite: Cidrerie Michel Jodoin!

La municipalité de Rougemont, au Québec, est définitivement la capitale de la pomme ! Que vous regardiez à gauche ou que vous regardiez à droite, l'horizon est rempli de pommiers. Même sur les panneaux de rues, il y a des pommes ! Cette municipalité est aussi la terre de l'une des premières distilleries du Québec, la Cidrerie Michel Jodoin ! Il y avait longtemps que je voulais visiter cette équipe et bien sûr, de rencontrer Michel Jodoin lui-même ! C'est ce que j'ai fait au cours des derniers jours et d'ailleurs, je vous invite à faire cette petite visite avec moi ! 

Entrée/boutique de la cidrerie

Entrée/boutique de la cidrerie

L'aventure de la cidrerie débuta en 1901, alors que Jean Baptiste Jodoin acheta une terre sur le rang Fine Caroline, à Rougemont. À l'époque, ce dernier travailla dans la ville de Boston. Un ami lui raconta qu'un enchère aura lieu dans le comté de Rougemont et qu'on y mettrait quelques parcelles de terres à vendre. M. Jodoin rêvait d'une terre sur ce rang. Il n'en fallait pas plus pour que ce dernier se présente à l'enchère et remporta un lot pour la somme de quatre mille cinq cent (4,500) dollars ! Sur cette terre, il y avait quelques pommiers. Plus ou moins une centaine. Mais il y avait aussi plusieurs arbres. M. Jodoin la laissa ainsi. C'est son fils Ernest qui s'est mis à défricher le tout pour ainsi faire place à d'autres pommiers. La culture de la pomme naissait de façon définitive dans la famille Jodoin ! C'est avec Jean Jodoin, fils d'Ernest, que la culture du cidre est née. Bien sûr, rien de commerciale ! Jean produit quelques bouteilles, mais pour le Dimanche seulement ! Jean était avant tout un pomiculteur ! C'est Michel qui a commercialisé le cidre familiale vers la fin des années 80 alors que la conception se passa dans le garage du père !

La popularité des produits de la Cidredrie Michel Jodoin est énorme. On parle ici d'un emblème dans le domaine de la pomiculture au Québec et ce, grâce au travail phénoménal de Michel et son équipe. Ce dernier m'expliqua qu'au début des années 90, il voulait faire connaître son cidre, mais ne savait pas trop comment. Il prit donc quelques bouteilles et se rendit aux bureaux du Journal de Montréal. Il demanda à rencontrer un journaliste. Après quelques minutes d'explications, on lui accorda un moment en compagnie d'un journaliste afin que Michel puisse lui faire déguster quelques produits. Le journaliste, ayant grandement apprécié les produits, rédigea un article plus que complet sur l'histoire de la cidrerie et la beauté des produits. Un belle publicité et surtout un premier grand pas pour l'industrie du cidre au Québec. Par la suite, Michel eut envie de ce spécialisé dans les bulles. Il partit donc en Champagne afin d'apprendre la conception des plus belles bulles du globe. Il revint au Québec avec une connaissance incroyable et surtout un sacré savoir faire ! D'ailleurs, ses bulles ont été grandement récompensées et ce, à mainte reprise. Il n'en fallait pas plus pour que la cidrerie devienne un must dans la province. L'engouement pour la cidrerie grandit à la fin des années 90 alors que Michel devint l'un des premiers producteurs de spiritueux artisanaux au Canada ! Après tout, la cidrerie devait trouver le moyen de rendre les pommes le plus rentable possible !

Alambic CARL de 300 litres

Alambic CARL de 300 litres

Lorsque Michel eut envie de distiller ses cidres, il se mit à voyager le monde afin de comprendre davantage l'univers des spiritueux. Il visita différentes maisons de brandies, il visita différentes entreprises d'alambic et fit plusieurs recherches et lectures sur le domaine.

Pour produire son brandy, Michel détermina que le meilleur choix d'alambic était un CARL, un beau système allemand de plus ou moins trois cent (300) litres.

Un fait vraiment étonnant est que l’alambic fonctionne seulement deux (2) à trois (3) mois par année, généralement à l'hivers ! Sinon, le système dégage trop de chaleur et puisqu'il est aux côtés de la boutique, il fait chaud très vite !

Pour la production de ses différentes eaux de vie ainsi que de ses différents brandies, Michel utilise la même base, le même cidre ! Tout est dans l'assemblage !

La distillation de ce cidre peut prendre plus ou moins deux (2) heures et offre un distillat à plus de 72% d'alcool. D'ailleurs c'est à ce pourcentage que le distillat est mis en barrique pour son vieillissement.

Entrée du chai

Entrée du chai

Au niveau du chai, les fûts arrivent toujours neufs ! Avec le temps et avec divers embouteillages, ils sont réutilisés (sept (7) à huit (8) fois) pour faire vieillir de nouveaux distillats en leur offrant un peu moins de tanins boisés. Comment est-ce que l'équipe arrive à assembler un produit et à produire une signature ? En dégustant et en assemblant différentes barriques. Par exemple, le trois (3) ans d'âge est en fait un assemblage de plus de cinq (5) barriques à un stade de vie différent. D'ailleurs, Michel me mentionnait que l'une de ses plus belles journées est lorsque son équipe lui demande d'analyser le résultat de chaque barrique afin de faire un assemblage. Un dégustation faite par quelques membres de l'équipe de façon individuelle et... Devant témoin pour assurer que le tout soit bien fait et bien noté !

Actuellement, le chai de Michel Jodoin comporte plus ou moins cent cinquante (150) fûts ! Certains d'entre eux ont plus de quatorze (14) ans et... J'ai eu le privilège d'ouvrir l'une de ses vieilles barriques pour une dégustation ! Un spiritueux à plus ou moins 60% d'alcool qui dégageait beaucoup de bois à travers la vanille et la pomme ! 

Un point que j'ai adoré est au niveau de la dilution du ou des produits. Michel me mentionnait que les anges amènent avec eux (part des anges) plus de 5% annuellement ! Ceci étant dit, l'équipe de la cidrerie profite de cette évaporation afin de diluer tranquillement, mais surement le produit. Michel est l'un de ceux qui croit que l'alcool ne devrait jamais être dilué de façon radicale puisque l'impact de l'eau sur l'alcool amène des caractéristiques non désirées dans le produit final.

En parlant de produit final, regardons ensemble quelques-uns offerts par la Cidrerie Jodoin !

Les brandies !

Les brandies !

Débutons avec la gamme de brandies ! Quoi ? Vous êtes étonnés de savoir que cette maison offre une gamme de brandies et non simplement Calijo ? Il est vrai qu'actuellement, seulement Calijo est disponible à la SAQ et ce, à la grande surprise de Michel. La chose est que les acheteurs de la SAQ ne voient pas un réel marché pour les produits hauts de gammes de la cidrerie. Donc, Michel et son équipe produisent bel et bien quelques brandies, mais en distribuent plusieurs à l'étranger. C'est effectivement dommage puisque ces produits pourraient être de grands chouchous de certains consommateurs et ce, sans rien enlever au jeune brandy auquel nous avons accès.

Ce jeune brandy dont je parle est celui qui apparaît à la SAQ sous le nom de Calijo. À la cidrerie, la bouteille a changé d'étiquette et nous dit qu'il est l'heure de mettre la pomme à off ! Bien d'accord ! Ce jeune brandy est un assemblage de différentes barriques, toutes de trois (3) ans d'âge ! Le produit se pointe avec un petit arôme de rhum brun, de pommes et un peu de cannelle. Très jeunes, mais intéressant ! Dans les prochains mois ou même dans les prochaines années, cette version risque de devenir un peu plus vieille, vers les quatre (4) ans d'âge !

Le huit (8) ans d'âge est une édition vraiment spéciale ! Distillé en 2006 et embouteillé en 2016 à l'aide de quelques barriques, ce brandy est sur le caramel, sur la pomme et ce à travers une grande présence de bois. En finale, on a un bel arôme de fruits rouges. Très beau ! 

Le XO, une version de dix (10) ans d'âge, est complètement différent. Les amateurs de whisky pourraient définitivement apprécier ce dernier avec une présence dominante du chêne ainsi qu'une belle présence d'agrumes, même oranges confites. La pomme est présente aussi. En Old Fashioned avec un amer au gingembre, c'est un pur délice !

Les liqueurs !

Les liqueurs !

Passons maintenant aux différentes liqueurs produites avec un distillat de pommes.

C'est la pomme sur le sundea est ce qu'on appel une mistelle de pomme rosée. Cette mistelle est faite à l'aide d'une eau de vie de pommes assemblée à un moût fait entièrement avec la geneva. L'assemblage est reposé pendant une période de plus ou moins un (1) mois avant d'être filtré et mis en bouteille. À 18.5% d'alcool par volume, ce produit est un bonbon liquide ! D'abord sur des notes de cerises, canneberges et même un peu d'églantiers, la pomme fait son apparition en apportant un petit coté acidulé vraiment intéressant.

Mistelle et boule de pomme est faite de la même façon que la précédente, mais à l'aide d'un moût de mcintosh et est offerte à 20% ! Cette version est davantage un dessert avec des notes de cassonade. Le pomme est plus présente dans cette version.


L'ambre sort de l'ombre a vraiment été un coup de cœur ! Offert à 18%, cet assemblage d'eau de vie de pomme et d'un moût de mcintosh a été vieilli pendant plus de dix huit (18) mois à l'intérieur d'un fût ayant préalablement contenu du brandy et ce, pendant plusieurs années ! C'est un beau mélange entre le Pineau de Charente ou le Pommeau de la Normandie ! Vraiment un sacré beau produit dans lequel on goûte bien la pomme à travers une belle présence de vanille, caramel et même un peu d'épices ! Vraiment... Un coup de cœur !

Vermouth !

Vermouth !

Michel et son équipe ne s’arrêtent pas aux brandies ainsi qu'aux liqueurs ! Avec leur eau de vie de pommes, ils produisent aussi un sacré beau vermouth ! Un vermouth ayant comme base un cidre rosé. Le tout est fortifié avec une eau de vie de pommes. Qui dit vermouth dit aussi herbes ! En effet, avant l'embouteillage, une bonne vingtaine d'herbes ont été macérées à l'intérieur de ce beau liquide. Le résultat est délicieux ! On est sur l'orange confite et même sur le gingembre. C'est floral et épicé à la fois ! Bien sur, l'amertume y est !

En compagne de Michel Jodoin, une réelle source d'inspiration

En compagne de Michel Jodoin, une réelle source d'inspiration

Pour terminer, je vous invite fortement à faire le détour par Rougement afin de faire un petit arrêt à cette belle cidrerie ! Vous pourrez bien sûr faire l'achat de produits non disponibles à la SAQ ! Comme les brandies plus âgés ? Malheureusement non ! L'équipe de Michel Jodoin ne peut vendre les spiritueux à la propriété puisque son permis, industriel, ne le permet pas. Alors pourquoi maintient-il ce permis ? Puisque Michel et son équipe aident actuellement plusieurs entrepreneurs dans l'embouteillage ainsi que dans la réalisation de divers projets. Ceci étant dit, Michel adore ce rôle et ne veut pas le mettre de côté.

En vous rendant directement à la propriété, vous constaterez la beauté des lieux tout comme l'incroyable gentillesse des membres de l'équipe, mais vous constaterez aussi l'homme qu'est Michel Jodoin ! Tout au long de la visite, cet homme m'a raconté son histoire d'une si belle façon et m'a définitivement fourni les preuves que dans la vie, aucune épreuve est insurmontable !

L'adresse ? 1130 Petite Caroline à Rougemont ! Et... Dites lui que c'est moi qui vous envoie !

Santé !

Click Here to Leave a Comment Below

Leave a Reply: